Historique de la Grande Aventure de Pardaillan

Le 8 Août 2008, Gensac va fêter le septième anniversaire de la résurrection du Baron de Pardaillan, assassiné le 21 septembre 1621 par les hommes de Savignac d’Eynesse pour de sombres querelles religieuses. Qui était donc ce baron dont les Gensacais ont fait un héros ? L’histoire n’en a pas retenu grand-chose si ce n’est quelques traces dans les mémoires du Cardinal de Richelieu. Mais, dans le village, il sera le Baron de Pardaillan, Pardaillan tout court, ne serait-ce que parce que la consonnance gasconne de son nom pèse plus lourd que son titre nobiliaire. L’homme dormira des siècles sous le manteau de l’indifférence jusqu’à ce jour du samedi 09 août 2002 où, miracle il va revivre sous la forme d’un insatiable amoureux et d’un redoutable bretteur.

            L’explication tient en quelques mots : un citoyen, tout autant lutécien que gensacais puisque ayant pignon sur rue dans le village depuis bientôt vingt ans, se met à secouer la léthargie locale, étonné que personne n’ait,  jusque là, utilisé le baron en question à des fins gensaco-promotionnelles à travers un spectacle son et lumières. Notre homme se nomme Stéphane Pierret et il va très rapidement, aidé en cela par un édile municipal, Patrice Pauletto, jeter les bases du spectacle en question à partir de deux idées simples : remettre en communication des villageois qui se côtoient sans véritablement échanger autre chose que des impressions météorologiques, faire que tous les volontaires utilisent les compétences qui sont les leurs quel qu’en soit le domaine.

            Présenté tel quel, le projet rassemble une cinquantaine de curieux qui, tout aussitôt, vont devenir cinquante actants : comédiens, figurants, accessoiristes, décorateurs, costumières, techniciens du son et de l’éclairage, etc… Reste à trouver un auteur. « Eureka ! » dit le propriétaire de la maison dans laquelle Pardaillan est mort d’une arquebusade. « Je vais demander à mon frère », lequel frère venait tout juste d’abandonner l’Education Nationale après quarante ans de services. Le frère en question ne pouvant refuser à son propre frère et, passionné qu’il  était par ce genre théâtral rédigea une farce qu’il intitula « LE BARON AMOUREUX ». Dix comédiens et autant de figurants connurent le frisson de la scène tout autant que la chaleur réconfortante des applaudissements de sortie.

            Comme il ne faut jamais rester sur un succès, contrairement à l’adage populaire qui veut qu’on ne reste pas sur un échec, on remit le travail sur l’établi, on ajouta, on enleva, on fabriqua, on adopta et on répéta jusqu’à la présentation du deuxième spectacle intitulé « UN OURS AU MOULIN » dans lequel Pardaillan, oublié de tous, réapparaît sous la forme d’un ours, tel qu’on en montrait souvent dans les campagnes aux temps où les distractions rurales étaient autres que télévisuelles.

            2005 : « LE TRESOR DE PARDAILLAN ». Fée, sorcière se disputant un étrange parchemin, mort tragique du père de Pardaillan encore enfant, procession nocturne absolument saisissante due aux effets de la technique, un spectacle particulièrement abouti qui lui vaut son inscription sur la liste « des Scènes d’Eté de Gironde ». Evidemment cette reconnaissance oblige les Gensacais à se remettre au travail.

            L’hiver, sans jeu de mot, sera rude : écriture, lecture, remaniements de toutes sortes, confrontations d’idées parfois sévères mais toujours utiles conduiront à « L’ELIXIR DE PARDAILLAN ». Elixir ? Certes oui, puisque issu des meilleurs pieds de vigne de la région, mais jalousé par beaucoup, à commencer par un connétable qui devait connaître, sans doute, quelques défaillances intimes puisque le breuvage en question était destiné à redonner envie et fougue à qui se trouvait en panne d’honorer sa bien-aimée.

            Fallait-il en rester là et reprendre le cycle à son début ? La réponse, unanimement, fut non. On continue. L’auteur qui commençait à ressentir les premiers signes d’une légitime fatigue se pacsa littérairement avec un sien ami aussi curieux que lui de la chose écrite. En quatre mois de labeur aussi assidu que producteur de sueur et, parfois, de découragement, naquit le spectacle 2007 : « LE MARIAGE DE PARDAILLAN ». Mariage ? Oui. Pardaillan, nous le savons, était grand duelliste, féroce batailleur, mais aussi grand culbuteur de femmes de la plus humble servante de château à la plus distinguée châtelaine. Il advint, on ne sait toujours pas comment, qu’il tombât amoureux fou d’Anaïs du Houseau, une belle jeune femme, fille aînée des châtelains du lieu et qu’il l’épousât. Un sort cruel fit qu’il ne put consommer son mariage. On sait que le propre des pannes est de prendre leurs victimes au dépourvu. Le médecin, l’astronome, le moine, l’alchimiste, la guérisseuse mandés au chevet du héros, iront inutilement chacun, chacune, de leur théorie jusqu’à ce que ce soit le fidèle valet du héros qui trouve le remède idoine : l’élixir. Eh oui ! ce fameux élixir qui permit à Henri IV, lui-même de dire que jusqu’à  quarante ans il avait cru que c’était un os

            Le spectacle n’a aucun lien historique; inutile d’y chercher quelques traces de vérités. Il est, par contre, écrit dans un français rigoureux où les auteurs utilisent très fréquemment la langue imagée et musicale de l’époque, particularité à laquelle sont attachés tous ceux qui oeuvrent pour la réussite de ce spectacle, frais, atypique et sans autre prétention que de divertir le spectateur.